Qu'est-ce qu'un liquide non newtonien ?

Un liquide peut couler doucement et résister quand tu appuies vite. C’est un comportement surprenant que l’on retrouve chez les liquides non newtoniens. Le mélange d’eau et de fécule de maïs permet de comprendre en partie comment cela se produit.

Schéma de grains de fécule dans l’eau : sous une faible sollicitation, ils peuvent glisser ; sous une sollicitation plus forte, un réseau de contacts gêne leur déplacement.

Un liquide qui change de résistance

Quand tu verses de l’eau, elle s’écoule facilement. Le miel, lui, s’écoule plus lentement : il résiste davantage à l’écoulement. Cette résistance s’appelle la viscosité. À température identique, l’eau et de nombreuses huiles gardent une viscosité à peu près constante, même lorsque la vitesse à laquelle leurs couches glissent les unes sur les autres change. On les appelle des liquides newtoniens.

Un liquide non newtonien ne suit pas cette règle simple. Sa résistance à l’écoulement peut changer selon la manière dont on le déforme, et parfois selon la durée de cette déformation. Certains deviennent plus faciles à faire couler quand on les remue. D’autres deviennent au contraire plus résistants lorsqu’on les sollicite rapidement.

Pour comprendre cette idée, imagine des couches de liquide qui glissent à des vitesses différentes. Les scientifiques parlent de cisaillement. Ce mot décrit notamment ce qui se passe quand on étale ou remue une matière. Dans un liquide non newtonien, la relation entre la force appliquée et ce glissement n’est pas aussi simple que dans l’eau.

Non newtonien ne veut pas simplement dire épais : un liquide très visqueux peut être newtonien. Pour faire la distinction, il faut regarder la façon dont son écoulement répond à la déformation.

Le cas de la fécule de maïs

Le mélange d’eau et de fécule de maïs est l’exemple le plus connu à la maison. Il ne s’agit pas d’une poudre complètement dissoute dans l’eau, comme du sucre peut l’être. De petits grains solides restent dispersés dans le liquide : c’est une suspension.

Lorsque cette suspension est suffisamment concentrée, elle peut s’écouler sous une sollicitation douce, mais opposer une forte résistance à un mouvement rapide. Ce comportement appartient à la famille des épaississements sous cisaillement. Tous les liquides non newtoniens ne réagissent donc pas comme elle.

Sous une sollicitation importante, les contacts et les frottements entre les grains peuvent former un réseau qui gêne leur déplacement. Le mélange résiste alors beaucoup plus. Quand la sollicitation disparaît, ce réseau peut se défaire et le mélange retrouve la possibilité de couler.

Tu peux avoir l’impression de voir apparaître un solide, mais les grains ne se sont pas transformés en une nouvelle matière et le mélange n’a pas gelé. Son organisation et sa réponse aux forces changent. Tu peux découvrir ce comportement dans notre expérience avec la fécule, une activité déjà expliquée. Un adulte accompagne toute expérience réelle.

Tous ne réagissent pas pareil

D’autres matières font presque l’inverse du mélange de fécule : elles deviennent moins visqueuses lorsqu’elles sont davantage cisaillées. Certains gels et certaines sauces ont ce comportement. Leur structure interne se réorganise pendant l’écoulement, ce qui leur permet de se déplacer plus facilement.

Une mère et son enfant comparent une sauce qui coule d’une cuillère et une pâte souple pressée avec une spatule.

Il existe aussi des matières qui commencent surtout à s’écouler lorsqu’une force suffisante est appliquée. Certaines pâtes ont ce comportement à seuil. Ces catégories peuvent se combiner : la famille des matières non newtoniennes ne se résume pas à deux cases, liquide ou solide.

Pour ne pas confondre les phénomènes, distingue la viscosité de la masse volumique. La première concerne la résistance à l’écoulement ; la seconde indique la masse contenue dans un certain volume. Notre tour de densité aide à explorer cette autre propriété : un liquide qui reste au fond n’est pas forcément celui qui coule le plus difficilement.

La surface d’un liquide possède encore d’autres propriétés. Dans les bulles de savon géantes, ce sont notamment le film liquide, la tension de surface et sa stabilité qui comptent. Une matière peut donc être passionnante pour plusieurs raisons différentes, sans que tout s’explique par son caractère non newtonien.

À partir de quel âge ?

Dès 5 ans environ, vous pouvez aborder le sujet par les mots et les images : couler, résister, lentement, rapidement. L’objectif est de comprendre qu’une même matière peut répondre différemment selon le mouvement, sans chercher à retenir une définition.

Vers 8 à 10 ans, vous pouvez introduire la viscosité et distinguer une poudre dispersée d’une substance dissoute. Entre 11 et 14 ans, le cisaillement et les limites du modèle « liquide ou solide » deviennent plus accessibles. Ces repères restent souples : l’intérêt de l’enfant compte davantage que son âge exact.

À faire ensemble

Une discussion suffit pour approfondir le sujet, sans réaliser d’expérience. Vous pouvez inviter l’enfant à expliquer avec ses propres mots la différence entre viscosité et masse volumique. « Est-ce que cela coule facilement ? » et « Quelle masse contient un même volume ? » sont deux questions différentes. S’il confond les deux notions, revenez à ce que chacune décrit plutôt qu’à une définition à réciter.

Une mère et son enfant discutent devant deux dessins montrant des grains de fécule espacés ou reliés entre eux.

Commentez ensemble le schéma des grains de fécule. Dans une vue, les grains peuvent se déplacer les uns par rapport aux autres ; dans l’autre, des contacts forment un réseau qui gêne ce déplacement. Vous pouvez demander ce que représentent les flèches et pourquoi les grains gardent la même apparence. Ce dessin simplifie une organisation microscopique : il ne montre ni une transformation des grains ni une matière qui gèle.

Cherchez enfin pourquoi la fécule ne représente pas tous les liquides non newtoniens. L’enfant peut s’appuyer sur les exemples du texte : certaines matières deviennent moins visqueuses sous cisaillement, tandis que d’autres présentent un seuil d’écoulement. Vous l’aidez ainsi à expliquer qu’un exemple illustre une famille sans résumer tous ses membres.

Ce que tu peux retenir

Un liquide non newtonien est une matière dont l’écoulement ne se décrit pas par une viscosité constante dans des conditions données. Sa réponse peut dépendre de la vitesse de déformation, de la durée pendant laquelle elle est sollicitée ou de son histoire récente.

Le mélange de fécule de maïs montre un cas particulier : sous certaines conditions, il résiste davantage aux sollicitations rapides. Il ne démontre pas que tous les liquides peuvent devenir solides quand on les touche, ni que toutes les matières épaisses sont non newtoniennes.

Avec cette matière, il est particulièrement intéressant de se demander : « Comment réagit-elle quand les conditions changent ? » En sciences, il est souvent plus utile de décrire précisément ce qui change que de chercher tout de suite une étiquette.